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François Testu, spécialiste des rythmes scolaires

Membre du comité de pilotage de la conférence nationale sur les rythmes scolaires installé le 7 juin 2010, François Testu, Professeur des Universités en psychologie, Université de Tours et chronopsychologue spécialiste des rythmes scolaires, nous donne son point de vue de spécialiste.

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Membre du comité de pilotage de la conférence nationale sur les rythmes scolaires installé le 7 juin 2010, François Testu, Professeur des Universités en psychologie, Université de Tours et chronopsychologue spécialiste des rythmes scolaires, nous donne son point de vue de spécialiste.

Vous avez inventé un nouveau domaine d’étude que vous appelez la chronopsychologie. Comment définiriez-vous cette discipline et en quoi se différencie-t-elle de la chronobiologie ?
La chronopsychologie est un terme que j’ai largement diffusé mais qui a été employé pour la première fois dans les années 1980 par Paul Fraisse, spécialiste de la psychologie du temps. Ce nouveau domaine d’étude se rapproche fortement de la chronobiologie dans le sens où il met en lumière l’influence de certains facteurs sur les variations de rythmicité des individus. Quand la chronobiologie met l’accent sur l’importance des variables biologiques dans la variation de rythmicité des individus, la chronopsychologie s’intéresse quant à elle aux variables d’ordre psychologiques. Ainsi, les individus, quel que soit leur âge, vivent selon certains rythmes qui peuvent être guidés par des facteurs psychologiques et jouer ainsi sur leur performance intellectuelle et physique.

En quoi le rythme scolaire actuel ne répond-il pas aux besoins physiologiques et psychologiques des enfants ?
Jusqu’à maintenant, nous avons mis en place des calendriers scolaires sans se préoccuper de leur adéquation avec la rythmicité physiologique et psychologique des enfants. Le système français est très paradoxal puisque c’est celui qui présente le moins de jours de classe mais qui comptabilise pourtant le plus grand nombre d’heures d’enseignements dans le primaire, de façon assez mal répartie. Les élèves de 7 à 8 ans ont ainsi 847 heures de cours par an contre 774 en moyenne dans l’OCDE. Les journées sont denses, les programmes également, augmentant ainsi la pression exercée non seulement sur les enfants mais aussi sur le corps enseignant. La rythmicité annuelle est elle aussi complètement déséquilibrée avec un premier trimestre très long (plus de 40% de l’année scolaire), un deuxième trimestre qui débute souvent par des vacances, et enfin, un troisième trimestre à trous. Cela ne facilite pas l’écoute, l’apprentissage et le bien être des élèves. Par ailleurs, je remarque que l’on ne tient pas suffisamment compte de l’âge dans les aménagements du temps, ce qui est pourtant un point fondamental. Aujourd’hui, un élève de CP passe autant de temps à l’école qu’un enfant de cours moyen 2eme année. Or, la rythmicité journalière est très différente selon l’âge ! Il reste donc encore beaucoup de travail.


Quel serait, selon vous, le rythme scolaire idéal pour les enfants ?
Ce rythme scolaire idéal doit être étudié selon trois références temporelles différentes que sont la journée, la semaine et l’année. Au niveau de la journée, il est évident qu’il faut diminuer la densité des enseignements en alternant des moments de sollicitation intellectuelle et des moments qui demandent moins de concentration, plus d’échanges et qui proposent une approche plus ludique. Il faudrait également permettre à l’enfant de bénéficier de phases de transition entre la maison et l’école, le matin comme le soir, avec des activités éducatives qui ne soient pas scolaires, comme c’est déjà le cas avec les accueils du soir. En ce qui concerne la semaine, il faudrait revenir à un rythme plus régulier permettant de mieux étaler les enseignements sur la semaine. Que cela passe par le rétablissement des enseignements le mercredi matin ou le samedi matin, peu importe. Selon moi, les deux options présentent des avantages.
Enfin, sur l’année, l’idéal reste d’alterner de manière régulière 7 semaines d’enseignements pour 2 semaines de vacances, nécessaires pour se reposer véritablement. Je salue ainsi la décision d’allonger les vacances de la Toussaint qui s’inscrit dans la bonne optique. Mais
les nombreux jours fériés posent encore des problèmes en termes de respect d’un rythme annuel régulier et de respect des programmes scolaires.

Que pensez-vous de l’idée de réduire les vacances d’été ?
Je ne suis pas vraiment favorable à cette proposition. Beaucoup affirment à tort que trop de vacances est source d’ennui pour les enfants. C’est l’abandon de toute politique de complémentarité éducative. L’école n’est pas la seule et ne doit pas être la seule structure éducative. Selon moi, l’éducation est l’affaire de tous : d’abord des parents, puis de l’école et enfin de tous les acteurs qui interviennent dans la prise en charge et l’éducation des enfants (associations, animateurs…).
Les vacances, et plus particulièrement les vacances d’été, représentent ainsi une coupure indispensable avec l’école où les enfants peuvent profiter d’un climat familial plus favorable. C’est l’occasion de vivre des moments privilégiés avec la cellule familiale loin de la course contre la montre menée au quotidien. Cela permet également de découvrir de nouveaux horizons.

Redonner plus de place aux acteurs éducatifs relais, notamment si l’on allège les journées de cours, demande de mobiliser des moyens importants. Comment aborder cette question sans provoquer une levée de bouclier de la part des communes, potentiellement impactées par ce changement ?

Il y a une question de moyens et de justice. Certaines communes ont les moyens et d’autres non. Cela pose un vaste problème de prise en charge des enfants dans le cadre d’activités périscolaires : personnel d’encadrement, structure, activités… Je suis très conscient que les collectivités locales font leur maximum, nous ne pouvons pas provoquer ce changement d’un coup de baguette magique. Le pari est donc difficile à gagner mais nous avons la chance de disposer d’un réseau associatif assez important en France qui peut prendre le relai.
D’autres possibilités sont également envisageables. Pour les plus jeunes, on pourrait par exemple faire coïncider leur temps de vie avec ceux de l’un des deux parents. La mise en place d’une flexibilité du temps de travail pour permettre d’accompagner son enfant et de venir le chercher pourrait être mise en place. Mais c’est tout une réforme juridique et sociale, avec une évolution des mentalités, qu’il faudrait engager.

Au delà de votre rôle d’universitaire, vous participez activement à la réflexion menée au niveau national. Vous avez ainsi participé à la conférence nationale sur les rythmes scolaires en 2010-2011 sous l’ancienne majorité. Le nouveau ministre de l’éducation a également fait appel à vous pour poursuivre la réflexion. La continuité de la réflexion est-elle assurée ? Etes-vous optimiste quant aux résultats de ces consultations, qui devraient donner lieu à une loi fin 2012 ?

Je suis plutôt optimiste pour l’avenir. Les ministres qui ont mené ces débats ont des orientations politiques très différentes mais leur démarche s’inscrit dans une optique complémentaire et continue. De manière schématique, je dirais que le premier a préparé le terrain au second et a eu le grand mérite de poser la question et de faire réfléchir en replaçant l’élève au centre du débat. En fixant pour objectif la promulgation d’une loi fin 2012, le nouveau ministre de l’éducation, Vincent Peillon, donne une issue plus concrète à ces propositions comme on a déjà pu le voir avec l’allongement des vacances de la Toussaint et l’idée de revenir à la semaine de 4 jours et demi. Les principaux points de rythmicité sont ainsi en train d’être réglés.


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