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Témoignage de Gérard Dubreuil, transplanté cardiaque
Gérard Dubreuil a subi une transplantation cardiaque à l’âge de 44 ans. Il a accepté de nous faire partager son expérience et de nous parler de l’enjeu du don d’organe. |center
Gérard Dubreuil a subi une transplantation cardiaque à l’âge de 44 ans. Il a accepté de nous faire partager son expérience et de nous parler de l’enjeu du don d’organe.

Vous avez dû subir une transplantation cardiaque il y a quelques années. Pouvez-vous revenir sur le contexte qui vous a amené à subir cette opération de dernier recours ?
« Les premiers symptômes de ma maladie, une cardio myopathie, sont apparus en 1987, sur mon lieu de travail. A cette époque, j’étais menuisier, je refaisais le sol d’un appartement. J’ai ressenti tout à coup de profondes difficultés à respirer, j’étais épuisé. Apres plusieurs allers-retours à l’hôpital, le diagnostic est tombé : je souffrais d’une insuffisance cardiaque avec œdème pulmonaire déclenché notamment par l’inhalation de formol présent dans la colle qui me servait pour mes travaux de menuiserie.
J’ai été hospitalisé d’urgence pendant trois semaines puis, mon état s’améliorant, j’ai pu revenir chez moi et reprendre le travail. Les symptômes sont revenus, avec d’autant plus de force, en 1992. A la troisième hospitalisation, mon cardiologue a pris la décision de me prescrire un arrêt maladie longue durée et m’a dirigé vers un autre hôpital. L’idée d’une greffe de cœur commençait à germer. C’est à ce moment là que j’ai réalisé la gravité de mon état.
J’ai alors atterri à la Pitié Salpêtrière, dans le service du professeur Cabrol. Une nouvelle batterie de tests a confirmé la nécessité d’une transplantation cardiaque. Malgré les risques d’une telle opération, je n’avais pas le choix, je n’ai donc pas hésité lorsque les médecins m’ont proposé de m’inscrire sur la liste des malades en attente de greffe. J’ai eu beaucoup de chance puisque moins de trois mois plus tard, j’ai reçu le fameux coup de téléphone qui a changé le cours de ma vie. C’était un 27 juillet, il faisait beau, je me sentais bien. Je n’ai pas tout de suite réalisé ce qui m’arrivait.
La greffe a-t-elle été tout de suite un succès ?
Malgré quelques complications au début, la greffe a été une réussite. Au bout de deux mois d’hôpital et de maison de repos, j’ai enfin pu revenir chez moi. La cortisone me donnait une énergie incroyable. Des le lendemain, j’emmenai ma femme visiter le Louvre sans réaliser que de son coté, l’année qui venait de s’écouler l’avait épuisée tant physiquement que moralement. Les transplantés ont tendance à faire des tas de projets à leur sortie, heureux et reconnaissants de s’en être sortis, projets qu’ils ne réalisent d’ailleurs pas toujours ! Pour la famille, ce n’est pas la même chose.
Justement, comment vos proches vous ont-ils accompagné durant cette épreuve ?
C’est une situation très dure à supporter pour les proches. Pendant plus d’un an, je me suis reposé entièrement sur mon épouse. Mes enfants ne pouvaient pas compter sur moi car j’étais trop fatigué pour jouer mon rôle de père au quotidien. La cortisone exacerbe les humeurs, bonnes comme mauvaises. Une fois remis de la greffe, j’ai dû relever un autre défi : retrouver ma place au sein de la famille. J’ai réalisé que tout se déroulait sans qu’on ait besoin de moi, je me sentais inutile. J’ai ressenti le besoin de montrer qu’on pouvait à nouveau compter sur moi. Cela n’a pas été évident. Les statistiques sont d’ailleurs significatives : on constate qu’il y a 10 % de divorce après une transplantation…Heureusement, cela n’a pas été notre cas !
Quel est votre état d’esprit par rapport à votre donneur ?
C’est très ambigu comme sentiment. On réalise que l’on doit la vie à quelqu’un tout en pratiquant la politique de l’autruche, si je puis dire. Cela a quelque chose de dérangeant de réaliser que ce cœur qui est devenu le notre a appartenu à une autre personne. C’est en cela que le principe de l’anonymat est primordial. Pour s’approprier entièrement ce nouvel organe, il ne faut pas être en mesure de mettre un nom ou un visage sur celui-ci.
Une fois par an cependant, à la date anniversaire de ma greffe, le 27 juillet, je réunis ma famille et mes amis pour porter un toast en hommage à mon donneur.
Cette expérience vous a-t-elle poussé à vous investir pour soutenir la cause du don d’organe ?
Cette épreuve m’a marqué et j’ai ressenti le besoin de m’investir, effectivement. Je suis depuis déjà quelques années le président de l’association Cardio-greffe Ile de France. Je travaille également en partenariat avec France ADOT 94. Nous organisons beaucoup d’actions d’information et de sensibilisation dans les collèges et lycées par exemple. Mais notre marge de manœuvre est réduite en raison de nos faibles moyens financiers. L’association vit essentiellement des adhésions, les dons étant rares.
Que diriez-vous aujourd’hui pour interpeler le plus grand nombre sur l’importance du don d’organe ?
Je dirais juste : regardez-moi ! Grâce à mon donneur, je suis en vie aujourd’hui et j’ai fêté le 27 juillet dernier les 19 ans de ma transplantation. J’ai toute ma tête et je peux profiter de mes petits enfants, les voir grandir, c’est une chance.
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